Tendinite du tibial postérieur : reconnaître et soigner cette pathologie de la cheville

Douleur à l'intérieur de la cheville qui s'aggrave en marchant ? Vous souffrez peut-être d'une tendinite du tibial postérieur, pathologie fréquente mais sous-diagnostiquée. Découvrez comment la reconnaître et la traiter efficacement.

Illustration : Tendinite du tibial postérieur : reconnaître et soigner cette pathologie de la cheville

La tendinite du tibial postérieur est l'une des causes les plus fréquentes de douleur à la face interne de la cheville. Souvent confondue avec d'autres pathologies, elle touche particulièrement les sportifs et les personnes d'âge moyen. Bonne nouvelle : prise en charge à temps, elle se soigne très bien avec un traitement adapté.

Pourquoi c'est souvent sous-diagnostiqué

La tendinite du tibial postérieur est fréquemment confondue avec une simple entorse ou un pied plat banal. Le signe clinique clé : demandez au patient de se mettre sur la pointe d'un seul pied (le pied atteint). S'il ne peut pas — ou si la douleur est vive — c'est en faveur d'une atteinte du tibial postérieur. Sans traitement, cette tendinite évolue vers un effondrement progressif de la voûte plantaire (pied plat acquis de l'adulte), irréversible sans chirurgie.

Qu'est-ce que le tendon tibial postérieur et quel est son rôle ?

Le tendon du tibial postérieur est l'un des tendons les plus importants de la cheville. Il prend naissance dans le muscle tibial postérieur, situé dans la partie profonde du mollet, et descend derrière la malléole interne (la bosse osseuse à l'intérieur de la cheville) avant de s'attacher à plusieurs os du médio-pied.

Son rôle est fondamental : il maintient l'arche plantaire, stabilise la cheville lors de la marche et de la course, et permet l'inversion du pied (mouvement qui tourne la plante du pied vers l'intérieur). Selon l'Assurance Maladie, les tendinopathies représentent un motif fréquent de consultation en médecine générale et rhumatologie.

Pourquoi ce tendon est-il particulièrement vulnérable ?

Le tibial postérieur subit des contraintes mécaniques importantes à chaque pas. Il doit à la fois supporter le poids du corps et contrôler les mouvements du pied. Cette double fonction le rend particulièrement sensible aux microtraumatismes répétés, surtout en cas de déséquilibres biomécaniques ou de surmenage.

Une étude publiée dans le Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy a montré que les dysfonctions du tibial postérieur sont présentes chez près de 10% des personnes de plus de 40 ans, avec une prédominance féminine marquée.

Symptômes caractéristiques de la tendinite du tibial postérieur

Reconnaître cette tendinite n'est pas toujours évident, car ses symptômes peuvent varier selon le stade d'évolution. Voici les signes les plus courants qui doivent vous alerter.

Les douleurs typiques

La douleur se situe principalement à la face interne de la cheville, juste derrière et en dessous de la malléole interne. Elle peut irradier le long du tendon, vers le mollet en haut ou vers la voûte plantaire en bas.

Caractéristiques de la douleur :

  • Apparition progressive, rarement brutale
  • Aggravée par la marche prolongée, la montée d'escaliers ou la course
  • Sensation de raideur matinale au réveil
  • Soulagement partiel au repos
  • Douleur à la palpation du trajet du tendon

Les signes fonctionnels

Au-delà de la douleur, certains signes fonctionnels sont révélateurs :

  • Difficulté à se mettre sur la pointe des pieds, particulièrement sur un seul pied
  • Sensation d'instabilité de la cheville lors de la marche sur terrain irrégulier
  • Affaissement progressif de la voûte plantaire (pied qui s'aplatit)
  • Gonflement localisé derrière la malléole interne

Un test simple : l'incapacité à effectuer 10 montées sur pointe de pied sur un seul membre est un signe évocateur de dysfonction du tibial postérieur.

Les stades d'évolution

La Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique distingue quatre stades dans l'évolution de cette pathologie :

  • Stade 1 : tendinite simple avec douleur mais fonction préservée et arche plantaire normale
  • Stade 2 : début de déformation avec affaissement de l'arche plantaire, mais réductible
  • Stade 3 : déformation fixée avec pied plat installé
  • Stade 4 : atteinte articulaire avec arthrose secondaire

Causes et facteurs de risque

Comprendre pourquoi cette tendinite survient permet de mieux la prévenir et la traiter. Plusieurs facteurs peuvent être en cause, souvent combinés.

Les facteurs biomécaniques

Les anomalies de la structure du pied jouent un rôle majeur :

  • Pied plat ou affaissement de la voûte plantaire : le tendon doit travailler davantage pour compenser
  • Hyper-pronation du pied (pied qui roule excessivement vers l'intérieur à la marche)
  • Inégalité de longueur des membres inférieurs
  • Rigidité de la cheville ou limitation de la mobilité

Les facteurs liés à l'activité

Certaines pratiques augmentent le risque de développer cette pathologie :

  • Sports à impacts répétés : course à pied, trail, basket-ball, tennis
  • Augmentation brutale du volume d'entraînement
  • Pratique sportive sur surfaces dures ou irrégulières
  • Chaussures inadaptées ou usées
  • Station debout prolongée, particulièrement dans certaines professions

L'Institut National de Recherche et de Sécurité estime que les troubles musculo-squelettiques, dont font partie les tendinopathies, représentent 87% des maladies professionnelles reconnues en France.

Les facteurs personnels

Certaines caractéristiques individuelles favorisent l'apparition de cette tendinite :

  • Âge : plus fréquent après 40 ans
  • Sexe féminin : les femmes sont 3 fois plus touchées que les hommes
  • Surpoids ou obésité (contraintes mécaniques accrues)
  • Diabète (altération de la qualité des tissus tendineux)
  • Hypertension artérielle
  • Antécédents de tendinopathies

Diagnostic et examens complémentaires

Le diagnostic de la tendinite du tibial postérieur repose d'abord sur un examen clinique minutieux réalisé par un professionnel de santé : médecin généraliste, rhumatologue, médecin du sport ou podologue.

L'examen clinique

Le praticien évalue plusieurs éléments :

  • Palpation du trajet du tendon à la recherche d'une douleur ou d'un gonflement
  • Test de mise sur pointe de pied (single heel raise test)
  • Évaluation de la force musculaire et de l'inversion du pied
  • Observation de la démarche et de la morphologie du pied
  • Analyse de l'usure des chaussures

Les examens d'imagerie

Selon la Haute Autorité de Santé, les examens complémentaires ne sont pas systématiques mais peuvent être utiles en cas de doute diagnostique ou pour évaluer la sévérité de l'atteinte :

  • Échographie : examen de première intention, peu coûteux, permet de visualiser l'inflammation et d'éventuelles lésions du tendon
  • IRM : examen de référence pour analyser précisément l'état du tendon, détecter des fissures ou une rupture partielle
  • Radiographies : utiles pour évaluer l'architecture osseuse du pied et détecter d'éventuelles déformations ou arthrose associée

Traitements et prise en charge

La bonne nouvelle, c'est que la grande majorité des tendinites du tibial postérieur guérissent avec un traitement conservateur bien conduit. La chirurgie n'est envisagée qu'en dernier recours, dans les stades avancés.

Le protocole de soin en phase aiguë

Les premières semaines sont cruciales. Voici les étapes à suivre :

  1. Repos relatif — Diminuez ou arrêtez temporairement les activités douloureuses, sans pour autant immobiliser complètement. La marche douce reste possible si elle n'aggrave pas les symptômes.
  2. Application de froid — Dans les 48 à 72 heures suivant l'apparition de la douleur, l'application de froid 15 à 20 minutes, 3 fois par jour, aide à réduire l'inflammation. Les packs de cryothérapie JOLT sont conçus pour cette phase aiguë et permettent une application ciblée sur la zone douloureuse.
  3. Compression douce — Un bandage élastique ou une chevillère peut limiter le gonflement et apporter un soutien. Attention à ne pas trop serrer pour ne pas gêner la circulation.
  4. Surélévation — Lorsque vous êtes au repos, placez votre pied surélevé pour favoriser le drainage.

Les traitements médicaux

Votre médecin peut prescrire :

  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : par voie orale sur une courte durée (5 à 7 jours) pour réduire la douleur et l'inflammation
  • Antalgiques : paracétamol pour soulager la douleur sans effet anti-inflammatoire
  • Soins locaux : pour soulager au quotidien, l'application d'un gel topique apaisant 2 à 3 fois par jour aide à calmer les tensions. Les gels de massage JOLT, à base d'extraits naturels, peuvent compléter une prise en charge globale.

La rééducation : pierre angulaire du traitement

La kinésithérapie est essentielle et devrait être prescrite dans tous les cas. Une revue systématique publiée dans la Haute Autorité de Santé — Recommandations sur les tendinopathies a confirmé l'efficacité des exercices excentriques dans la prise en charge des tendinopathies.

Le kinésithérapeute proposera :

  • Étirements progressifs du mollet et du tendon d'Achille
  • Renforcement excentrique du tibial postérieur (exercices où le muscle se contracte en s'allongeant)
  • Travail proprioceptif pour améliorer la stabilité de la cheville
  • Massage des muscles du mollet pour relâcher les tensions périphériques
  • Techniques de physiothérapie (ultrasons, ondes de choc dans certains cas)

À domicile, une fois la phase aiguë passée, le massage par percussion permet de relâcher les muscles du mollet et du tibial antérieur (jamais directement sur le tendon enflammé). Les pistolets de massage JOLT proposent plusieurs intensités adaptées à cette utilisation, en complément du suivi kinésithérapique.

Les orthèses plantaires

Le port de semelles orthopédiques sur mesure, réalisées par un podologue, est souvent recommandé. Elles permettent de :

  • Soutenir la voûte plantaire
  • Corriger les défauts biomécaniques (hyper-pronation)
  • Diminuer les contraintes sur le tendon
  • Prévenir les récidives

Selon la SOFCOT — Société Française de Chirurgie Orthopédique, les orthèses plantaires constituent un traitement de fond efficace dans les tendinopathies du membre inférieur liées à des troubles statiques.

Quand envisager la chirurgie ?

La chirurgie n'est proposée qu'en cas d'échec du traitement conservateur bien conduit pendant 6 à 12 mois, ou en présence d'une rupture tendineuse complète. Les techniques chirurgicales varient selon le stade et peuvent inclure :

  • Nettoyage du tendon (ténosynovectomie)
  • Réparation ou reconstruction tendineuse
  • Ostéotomies pour corriger les déformations osseuses dans les stades avancés

Prévention et conseils pratiques

Prévenir vaut mieux que guérir, surtout quand on connaît les facteurs de risque. Voici quelques recommandations pour protéger votre tendon tibial postérieur.

Adapter votre pratique sportive

  • Augmentez progressivement vos volumes d'entraînement (règle des 10% : pas plus de 10% d'augmentation par semaine)
  • Variez les surfaces d'entraînement (alternez bitume, chemin, piste)
  • Intégrez des exercices de renforcement musculaire du mollet et du pied
  • Respectez les phases de récupération et d'échauffement
  • Écoutez les signaux de votre corps : une douleur qui persiste doit vous alerter

Choisir les bonnes chaussures

Le choix des chaussures est crucial :

  • Privilégiez des chaussures adaptées à votre type de foulée (consulter un spécialiste de la course en magasin spécialisé)
  • Remplacez vos chaussures de sport tous les 600 à 800 km
  • Évitez les chaussures trop plates au quotidien si vous avez tendance au pied plat
  • Portez vos semelles orthopédiques si elles ont été prescrites

Gérer votre poids

Chaque kilo supplémentaire représente une contrainte mécanique accrue sur les tendons du pied et de la cheville. Maintenir un poids de forme réduit significativement le risque de tendinopathie.

Rester vigilant après une tendinite

Même après guérison complète :

  • Continuez les exercices de renforcement 2 à 3 fois par semaine
  • Reprenez progressivement votre sport (pas de reprise brutale à 100%)
  • Consultez rapidement si les symptômes réapparaissent
  • Faites un bilan podologique régulier si vous êtes sportif

Vos questions fréquentes

Combien de temps dure une tendinite du tibial postérieur ?

La durée de guérison varie selon la sévérité de l'atteinte. En moyenne, comptez 6 à 12 semaines pour une tendinite simple avec un traitement bien suivi. Les formes chroniques ou les stades avancés peuvent nécessiter plusieurs mois de rééducation. La clé est de ne pas reprendre trop vite les activités à risque.

Puis-je continuer à marcher avec une tendinite du tibial postérieur ?

La marche légère sur terrain plat est généralement possible et même recommandée pour maintenir une mobilité. En revanche, évitez les longues distances, les terrains accidentés et les pentes tant que la douleur persiste. Si la marche provoque une douleur importante, c'est le signe qu'il faut ralentir et consulter.

Les semelles orthopédiques sont-elles vraiment efficaces ?

Oui, de nombreuses études confirment leur efficacité dans la prise en charge des tendinopathies du tibial postérieur, notamment en cas de pied plat ou d'hyper-pronation. Elles corrigent les défauts biomécaniques et réduisent les contraintes sur le tendon. Pour être efficaces, elles doivent être réalisées sur mesure par un podologue après un bilan complet.

Quand puis-je reprendre le sport après une tendinite du tibial postérieur ?

La reprise sportive doit être progressive et validée par votre kinésithérapeute. En général, attendez d'être totalement indolore dans les activités quotidiennes, puis reprenez par des activités à faible impact (vélo, natation) avant de revenir à la course ou aux sports à sauts. Comptez au minimum 8 à 12 semaines avant un retour complet, parfois plus selon les cas.

La tendinite du tibial postérieur peut-elle entraîner un pied plat ?

Oui, c'est l'une des complications possibles si la tendinite n'est pas traitée. Le tendon tibial postérieur joue un rôle majeur dans le maintien de la voûte plantaire. Son affaiblissement progressif peut conduire à un effondrement de l'arche (pied plat acquis de l'adulte). C'est pourquoi un diagnostic et un traitement précoces sont essentiels.

Les infiltrations de corticoïdes sont-elles recommandées ?

Les infiltrations de corticoïdes sont généralement évitées dans les tendinopathies du tibial postérieur car elles peuvent fragiliser le tendon et augmenter le risque de rupture. Elles ne sont envisagées qu'exceptionnellement, en dernier recours, et uniquement dans la gaine du tendon (ténosynovite), jamais dans le corps du tendon lui-même. Privilégiez toujours les traitements conservateurs.

Sources et pour aller plus loin